Les SDJ : cas pratiques à L’Express et France 2 - Atelier réflexion du 17 mars 2005

Vincent Hugeux, président de la SDJ de L’Express et Daniel Wolfromm, son homologue à France 2, avaient été invités à notre débat. Pour des raisons d’agenda, ils ont dû décliner. Nous avons néanmoins pu les interviewer. Résumé de la situation dans ces deux médias.

En 1977, à L’Express, c’est une Société des rédacteurs (devenue depuis Société des journalistes) quelque peu en sommeil qui est réactivée lors d’une période difficile du journal : son rachat par le milliardaire Jimmy Goldsmith. Il « voulait en faire un véhicule de l’idéologie ultra-libérale », confie Vincent Hugeux, le président actuel de la SDJ. La réactivation de la structure se fait donc autour de valeurs d’indépendance.

« Nous avons fait un peu de tactique »

Vingt ans plus tard, nouveau coup de fouet lors de la tentative d’OPA menée par Le Monde sur l’hebdomadaire. « Un accélérateur », « un changement de braquet », estime Vincent Hugeux, « face à la stratégie de conquête de Colombani ». Le directeur du quotidien pose alors la SDJ en interlocuteur privilégié.

Celle-ci profite donc de cette position de force (« Nous avons fait un peu de tactique ») pour obtenir un poste permanent au conseil d’administration de l’hebdomadaire, là où se discutent le budget, les orientations de l’entreprise, les éventuelles cessions... Mais, à la différence du Monde, la SDJ de L’Express ne dispose que d’une part symbolique du capital (une action). C’est à la même époque que la SDJ se dote de nouveaux statuts et que L’Express d’une charte fixant des principes d’identité et d’indépendance.

France 2 : une existence informelle

À France 2, la SDJ existe depuis une vingtaine d’années, sans que son existence ni son fonctionnement de soient repris dans des statuts. Elle a un rôle consultatif : « Nous sommes tolérés », résume son président, Daniel Wolfromm. Tous les journalistes, pigistes compris (1), peuvent, de droit, prendre part aux consultations organisées par la SDJ. Daniel Wolfromm met en avant un rôle de « cohésion » et de « cohérence » dans la rédaction, rejetant toute forme d’« agressivité ». « Ce qui n’exclut pas des paroles qui peuvent être violentes », ajoute-t-il.

Dans l’une et l’autre rédaction, les SDJ ont eu récemment plusieurs occasions de se faire entendre. À L’Express, les préoccupations du moment tournent évidemment autour du rachat par Serge Dassault de la Socpresse (qui édite Le Figaro, L’Express ainsi que de nombreux titres régionaux dont La Voix du Nord et Nord Eclair). Pour Vincent Hugeux, la « bagarre » du moment est justement de faire reconnaître à Serge Dassault la charte d’indépendance du journal, adoptée il y a quelques années.

« Ces motions ont fait grincer des dents »

Selon lui, L’Express n’a pas eu à subir de pressions directes sur son contenu, contrairement au Figaro où, à deux reprises au moins, l’industriel est intervenu pour annuler des articles concernant les avions produits par son groupe. La SDJ a cependant tenu à soutenir ses collègues du Figaro quand eux-mêmes ont réaffirmé leurs propres exigences d’indépendance. Quelle portée réelle accorder à ces prises de parole ? « Ces motions ont fait grincer des dents », assure Vincent Hugeux, pour qui elles constituent des « gardes-fous ».

A France 2, l’épisode le plus tendu remonte à février 2004, quand David Pujadas annonce, à tort, au journal de 20 heures, qu’Alain Juppé se prépare à se retirer de la vie politique. « Là, ça a été dur », raconte Daniel Wolfromm, qui confie une amitié personnelle pour Olivier Mazerolle, alors directeur de l’information de la chaîne. Très vite, la SDJ organise une consultation qui vire au vote de défiance (à une écrasante majorité) vis-à-vis de ses chefs. David Pujadas écopera de 15 jours de suspension d’antenne, tandis qu’Olivier Mazerolle démissionnera de son poste de directeur de l’information (tout en conservant son émission « 100 minutes pour convaincre »).

Pas de vagues sur le cas Christophe Hondelatte

Le ton est également monté lors des sérieux dérapages autour de l’affaire Baudis. La chaîne avait en effet choisi de donner foi aux accusations délirantes d’un certain Djamel (décédé depuis). De façon moins spectaculaire, la SDJ a dénoncé il y a quelques semaines la décision de sa direction de ne plus envoyer de journalistes en Irak.

Quant à l’affaire Hondelatte (qui a quitté sans prévenir, fin janvier, la présentation du « 13 heures » de la chaîne), c’est volontairement que la SDJ avait choisi de ne pas communiquer à l’extérieur. Malgré une ambiance que Daniel Wolfromm qualifie d’« exécrable » entre le présentateur et la rédaction, depuis de longues semaines. « C’est un type d’un tel égocentrisme qu’il aurait pu retourner contre nous une telle initiative », estime le président de la SDJ.

Ludovic FINEZ

Note :

(1) France 2 compte une rédaction d’environ 300 permanents et 50 pigistes. Retour

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