A quoi bon se rendre sur les lieux d’un événement pour rendre compte ? A quoi bon poser des questions pour chercher à comprendre ? De toute façon, c’est bien connu, les journalistes écrivent et disent ce qu’ils veulent bien écrire et dire. Les faits leur importent peu. La recherche de vérité et le respect de leur public encore moins.
C’est un peu ce que semblait penser M le consul général d’Algérie, jeudi 29 octobre, à l’issue du référendum sur la « réconciliation nationale » auquel les 60.000 électeurs algériens du nord de la France avaient été appelés à participer.
"Sortez, vous êtes indésirable ici !"
Florence Traullé, journaliste à « Nord-Eclair », avait suivi le déroulement de cette élection qui, pour la communauté algérienne en France, s’était déroulée durant une semaine. Pour les ressortissants vivant dans le Nord, le Pas-de-Calais, l’Aisne et la Somme, les bureaux de vote étaient installés salle Courmont, à Lille.
En s’y rendant en début de soirée, au moment du dépouillement, notre consœur comptait obtenir des indications sur le taux de participation. Las. Dès son entrée dans la salle, elle a été accueillie par le consul général en personne pour s’entendre signifier qu’elle n’avait rien à faire là. « De toute façon, vous écrivez ce que vous voulez », lui a déclaré d’emblée M Tabet. « Sortez, vous êtes indésirable ici » lui a-t-il ensuite ordonné après l’avoir accusée de perturber le dépouillement.
Des témoignages de familles de disparus
Déjà présent sur les lieux, où il n’avait rencontré aucun problème, notre confrère Pierre Le Masson ("La Voix du Nord") a dû également sortir.
En fait, le représentant des autorités algériennes reprochait à Florence Traullé une page publiée le dimanche précédent, 25 septembre, dans « Nord-Eclair ». Elle y rendait compte notamment des témoignages de mères et de femmes de disparus qui étaient venues s’exprimer au Club de la Presse le 23 septembre. L’article donnait également la parole à une représentante des victimes du terrorisme en Algérie et à un représentant de l’opposition.
Pour le consul général, une leçon de journalisme s’imposait. Il a en effet estimé que notre consœur n’avait pas à parler de l’Algérie alors qu’elle couvrait un « scrutin local ». Voilà qui ne peut s’inventer.
Dans un courrier qu’il a adressé au Consul général d’Algérie, le Club de la Presse déplore et dénonce ce qu’il considère être une atteinte à la liberté de la presse. Cela est d’autant plus regrettable que cette intervention a été faite en un lieu privilégié pour l’expression de la démocratie (un bureau de vote) et au moment où, en Algérie, les journalistes sont soumis à un harcèlement judiciaire peu commun.
Nous publions ci-après le texte intégral de ce courrier :
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Monsieur Le Consul général, Notre consœur de Nord-Eclair, Florence Traullé, n’a pu assurer son travail, jeudi soir 29 septembre, salle Courmont, à Lille. Venue pour assister au dépouillement du référendum, et pour recueillir, comme il était convenu avec vous, des indications sur le taux de participation, elle a été expulsée des lieux. Vous l’auriez vous-même déclarée « indésirable ». Les articles qu’elle a publiés dans l’édition datée du 25 septembre de « Nord-Eclair » n’ont visiblement pas été appréciés par les autorités que vous représentez. Au nom du Club de la Presse Nord - Pas de Calais, je déplore vivement une telle attitude. Outre que Mme Traullé est connue et appréciée par l’ensemble de notre profession pour la qualité et la rigueur de son travail (plusieurs prix professionnels lui ont déjà été décernés), l’interdiction faite à un journaliste, quel qu’il soit, d’assurer un reportage, n’est rien d’autre qu’une atteinte à la liberté de la presse. Personne n’y gagne. Ni les lecteurs (et Nord-Eclair fait un effort sensible pour informer les ressortissants algériens de notre région), ni les autorités que vous représentez et qui se trouvent, ainsi, discréditées. Le Club de la presse du Nord - Pas de Calais s’est toujours soucié de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Il s’est notamment mobilisé, dès 1993, pour soutenir nos confrères algériens, alors gravement menacés par le terrorisme islamiste. Il est actuellement très sensible aux poursuites judiciaires dont ils font l’objet. Nous sommes donc particulièrement attristés de constater qu’un scrutin concernant la communauté algérienne en France, et notamment dans la région nord, ne puisse, du fait des autorités algériennes, être couvert normalement. Nous voulons croire qu’il s’agit là d’un regrettable malentendu. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Consul général, mon respect et l’expression de ma considération distinguée. Philippe Allienne |






































































