Sale temps pour la liberté de la presse

, par redaction@clubdelapressenpdc.fr

Cette rentrée ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour la liberté d’informer, la liberté de la presse, la liberté d’expression.

La liberté de la presse, pilier fondamental de la démocratie, ne saurait se limiter à un principe abstrait. C’est un nouveau journal d’opinion, « Radical », dont les origines remontent à 1881, qui rappelait cette vérité au cœur de cet été. Il a raison. Mais les faits sont hélas têtus. Selon le site de Reporter sans frontières, 22 journalistes ont été tués dans le monde depuis le début de cette année, 470 (dont 34 « collaborateurs des médias ») sont détenus.

Attente de grâce et affaire judiciaire

Parmi les journalistes emprisonnés, Christophe Gleizes est toujours dans les geôles algériennes où il purge une peine de sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », une accusation qui ne fait pas sens. Sa peine a été confirmée en appel en décembre 2025 et, malgré les espoirs caressés par ses proches et par ses confrères, aucune grâce présidentielle, aucune libération n’est à l’ordre du jour. En mai dernier, il a renoncé à se pourvoir en cassation, ouvrant ainsi la possibilité d’une grâce. La justice et le pouvoir d’Alger ne semble pas l’entendre ainsi. Christophe Gleizes ne faisait que son travail lorsqu’il a été arrêté ; il interviewait des responsables du club sportif JSK pour le magazine français « So Foot ».

Une autre affaire s’est présentée le 27 juillet dernier avec l’arrestation, dans le nord du Togo, de deux réalisateurs français, Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzeni, et de leur fixeur togolais Fred Vedomey. Ils sont accusés de « fausses déclarations » et de l’utilisation d’un drone dans des zones sensibles. Tous trois travaillaient réalisaient un reportage pour le magazine de France Télévisions, « Les routes de l’impossible ».
L’un des deux Français, Gaël Mocaër, a été libéré et placé sous contrôle judiciaire. Son collègue et leur collaborateur sont toujours derrière les barreaux.

Les frais de crispations politiques

Dans les deux cas, celui de Christophe Gleizes et celui de l’équipe de France Télévisions, les accusations apparaissent très faibles. Mais les quatre hommes ont été arrêtés (et condamné pour le premier) sur fond de crispation politique entre Alger et Paris d’une part, entre Lomé et Paris d’autre part.

Au aucun cas, des journalistes ne devraient être inquiétés au prétexte qu’ils sont les ressortissants de pays en mal de relations diplomatiques. C’est pourtant bien ce qui semble être le cas. Pire, l’arrestation de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzeni pourrait servir à faire pression pour atteindre, en France, le journaliste togolais exilé Ferdinand Ayité. L’hypothèse, est à prendre avec des pincettes mais au sérieux. Ferdinand Ayité est le fondateur du journal togolais « L’Alternative » qui avance cette possibilité.

Outre ces affaires, dans la liste très longue des atteintes à la liberté de la presse et à la liberté d’expression, une centaine de chercheurs et de journalistes ont signé cet été une tribune pour dénoncer l’interdiction pour eux d’entrer à Gaza et les très sévères restrictions pour se rendre en Cisjordanie, en Palestine occupée. Les signataires dénoncent du même coup le silence des autoritités françaises.

Le cas israélien

Notre confrère Jack Dion, journaliste à Mariane, a raison de proposer une solution radicale : tant que les journalistes internationaux ne peuvent faire leur travail en Palestine, tant qu’ils nous faut nous contenter des paroles et de la version du pouvoir israélien et de son armée, la France ne devrait plus recevoir le moindre officiel isréalien.

Nous sommes bien loin de la coupe aux lèvres. En août, à Deauville (Calvados), la municipalité a lâchement cédé à la pression de militants sionistes qui demandaient le retrait d’une photo de presse dans un festival local. Cette photographie montrait des joueurs palestiniens du Gaza Sport Club et de l’Ahli Gaza Club qui participaient à un match de football sur un terrain aménagé à Gaza, et sur fond d’immeubles détruits par l’armée israélienne.

Exposée depuis juin, et destinée à rester jusqu’à la fin de l’exposition en septembre, la photo a finalement été retirée.

Même les autorités locales, en France, participent et se rendent complices des atteintes à la liberté de la presse, à la liberté d’expression. L’avenir est sombre. Il n’est pas temps de courber l’échine.

Par : Philippe Allienne


 

 

 

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