La Tunisie connaît depuis plusieurs années une crise de l’eau de plus en plus préoccupante. Stress hydrique, difficultés d’approvisionnement et pénurie d’eau minérale : la gestion de cette ressource essentielle est devenue un enjeu majeur pour le pays.
C’est précisément sur cette question que devait intervenir Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du site Al Qatiba, un média indépendant spécialisé dans le journalisme d’investigation et les enquêtes de long format. Invité d’une émission de radio pour évoquer la gestion de l’eau en Tunisie, le journaliste a finalement été interpellé.
Une arrestation dénoncée par le syndicat des journalistes
Pour Zied Dabbar, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), cette interpellation ne peut être dissociée du travail journalistique mené par Mohamed Yousfi.
Selon lui, le journaliste a été arrêté « sur la base de son travail journalistique, critique des autorités ».
De son côté, une source judiciaire citée par l’agence de presse Tunis Afrique Presse affirme que Mohamed Yousfi a été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête portant sur des faits présumés d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.
Quelques jours avant son arrestation, selon le syndicat des journalistes tunisiens, Mohamed Yousfi aurait également fait l’objet d’une campagne de dénigrement et de diffamation sur les réseaux sociaux.
« N’ayez pas peur, continuez à écrire ! »
Depuis sa cellule de garde à vue, Mohamed Yousfi a tenu à adresser un message à ses confrères d’Al Qatiba. Un message relayé par son avocate, Hela Bensalem :
« N’ayez pas peur, continuez à écrire ! »
Alors qu’il était en garde à vue depuis vendredi, le journaliste a dû être transporté en urgence à l’hôpital samedi soir afin d’être opéré de l’appendicite.
Son état de santé et les conditions de son interpellation ont renforcé les inquiétudes autour de son affaire.
Une répression « grandissante »
L’affaire Mohamed Yousfi intervient dans un contexte plus large de tensions autour de la liberté de la presse et des libertés publiques en Tunisie.
« Durant les derniers mois et semaines, de plus en plus de journalistes sont condamnés, sont poursuivis, c’est une répression grandissante », alertent plusieurs voix du secteur.
Dans les colonnes du quotidien Le Monde, on apprend également que l’avocat Ghazi Mrabet, connu pour son engagement dans des dossiers à dimension politique et liés aux libertés publiques, a lui aussi été arrêté et placé en garde à vue jeudi dernier, selon les médias locaux.
Cette arrestation serait liée à une affaire de trafic de drogue, mais les circonstances de cette affaire font l’objet de versions divergentes.
La liberté d’informer en question
L’arrestation de Mohamed Yousfi intervient donc à un moment particulièrement sensible. Alors que la Tunisie fait face à des défis majeurs, notamment la crise de l’eau, le rôle des journalistes et des médias indépendants dans l’information du public apparaît plus crucial que jamais.
Pour ses soutiens et les organisations professionnelles, l’affaire dépasse le seul cas du rédacteur en chef d’Al Qatiba. Elle pose plus largement la question de la capacité des journalistes tunisiens à enquêter, critiquer les autorités et informer librement.
Le message de Mohamed Yousfi, transmis depuis sa cellule, résonne désormais comme un appel à la profession :






































































