Le grignotage permanent d’actualités, déjà décrit depuis plusieurs années sous le terme « d’infobésité », génère ce qui est aujourd’hui communément appelé la « fatigue informationnelle ».
En janvier 2026, 70 % des Français avaient le sentiment que le monde changeait trop vite. Plus d’un Français sur deux se disait fatigué par l’information.
Une fatigue entretenue par la transformation de l’écosystème médiatique. Il suffit aujourd’hui d’ouvrir son portable pour scroller sur les réseaux sociaux des réels anxiogènes, par crainte de manquer une information primordiale. Le scrolling est apparenté à un comportement caractérisé par des symptômes semblables à ceux de l’addiction, impactant la santé mentale, avec un risque accru d’utilisation de substances psycho-actives, particulièrement chez les adolescents.
Le choc entre le flux toujours plus fourni d’informations continues et la grille de lecture du monde qui vole en éclat génère angoisse, anxiété et stress. Or l’impact du stress chronique sur la santé cardio-vasculaire a été démontré en 2004 dans une étude faisant toujours référence. En provoquant une hausse de la tension artérielle, le stress chronique multiplierait par 2,5 le risque d’infarctus du myocarde.
Se pourrait-il donc que le stress provoqué par l’usage continu des médias impacte la santé physique des Français ?
La surcharge cognitive des journalistes pourrait représenter un défi majeur au sein des rédactions
Peu d’études s’intéressent à l’effet de la surcharge informationnelle sur les journalistes, dont le métier repose justement sur le traitement intensif des informations.
A la fois consommateurs et producteurs d’informations, les journalistes font face à une pression accrue en raison de l’augmentation des canaux de diffusion, et la nécessité de réagir en temps réel pour être performants.
A l’issue d’une enquête menée en 2023 par le Syndicat national des journalistes (SNJ), 37 % des journalistes interrogés signalaient « un état de santé mauvais voire très mauvais ».
L’indépendance des journalistes est difficile à faire valoir face à certains encadrants qui imposent leur ligne éditoriale sans débat. 52 % des répondants déclaraient « faire l’objet de mise à l’écart par des éditions ou sur des reportages ». Un vrai sujet pour les journalistes pigistes ou en CDD, dont la collaboration peut dépendre de leur degré de docilité.
34 % des salariés interrogés estimaient assumer souvent une charge excessive de travail. Un salarié sur deux se déclare « souvent ou très souvent stressé » , avec les mêmes conséquences que celles constatées dans la population générale : troubles du sommeil, anxiété, état dépressif. Un répondant sur cinq admettait recourir à des substances psycho actives. Autant de facteurs de risque d’altération de la santé physique.
Si la thématique de la fatigue informationnelle est largement commentée pour les consommateurs d’informations, elle est peu étudiée chez les journalistes dans la littérature scientifique. Or cette surcharge cognitive pourrait représenter un défi majeur au sein des rédactions.
Face à ce constat, ne faut-il pas mener des réflexions afin d’agir pour protéger la santé des journalistes tout en préservant la qualité de l’information ?
Par : Dr Lydie Lymer, chroniqueuse






































































