« La gestion de l’eau dans la région repose sur un écosystème complexe composé de nappes phréatiques, de rivières, de zones humides et d’infrastructures de distribution », souligne Isabelle Matykowski en introduction. Parmi ces ressources, la nappe de la craie constitue l’une des principales réserves d’eau potable des Hauts-de-France.
Un équilibre naturel fragile
Alimentées par les pluies, ces nappes fournissent l’eau utilisée par les habitants, les agriculteurs et les industries. Mais cet équilibre reste fragile. Les intervenants rappellent que la qualité de l’eau est parfois dégradée par les nitrates et les pesticides issus de certaines pratiques d’agriculture intensive.
Par ailleurs, comme le souligne Benoît Poncelet, la configuration du territoire accentue certains risques. En raison d’un relief peu marqué et de la nature des sols, la région est régulièrement confrontée à des épisodes d’inondations liés à la présence de nombreux cours d’eau.
À cela s’ajoute la question de l’artificialisation des sols. « Le zéro artificialisation nette est un débat sur lequel il faut prendre des décisions dès maintenant », insiste Benoît Poncelet. La désimperméabilisation des sols apparaît ainsi comme un levier essentiel pour limiter les risques d’inondation.
La gestion de la ressource est coordonnée par plusieurs acteurs publics, dont l’Agence de l’eau Artois-Picardie, qui accompagne les collectivités dans la protection des milieux aquatiques et le financement de projets liés à l’eau.
Le changement climatique bouleverse le cycle de l’eau
Les participants à la table ronde s’accordent sur un constat : le changement climatique transforme progressivement le cycle de l’eau dans la région. Isabelle Matykowski observe que les dernières années ont été marquées à la fois par des épisodes de sécheresse plus fréquents et par des pluies plus intenses mais aussi plus irrégulières.
Cette évolution perturbe la recharge des nappes phréatiques. L’eau peut tomber en grande quantité mais ruisseler rapidement sans s’infiltrer suffisamment dans les sols. De plus, avec l’arrivée plus précoce du printemps, une partie de l’eau infiltrée est rapidement absorbée par la végétation.
Résultat : un stress hydrique peut apparaître même dans le nord de la France, pourtant réputé pour ses précipitations régulières.
Ces changements accentuent également les tensions entre les différents usages de l’eau. Agriculture, industrie et consommation domestique doivent parfois se partager une ressource devenue plus limitée. Pour Isabelle Matykowski, il devient donc indispensable d’adapter les pratiques agricoles, de mieux gérer les eaux pluviales et de développer la réutilisation de certaines eaux traitées.
« Lancé en mars 2023, le Plan eau du gouvernement vise une gestion plus durable de la ressource et prévoit notamment une réduction de 10 % de la consommation d’eau en France », rappelle la directrice de l’agence.
Dans les Hauts-de-France, la consommation d’eau reste toutefois inférieure à la moyenne nationale. Les collectivités mettent en place différentes initiatives pour encourager les économies d’eau, comme la distribution de kits hydroéconomes ou de documents pédagogiques destinés à sensibiliser les habitants.
Dans le secteur agricole, une réduction de 10 % pourrait toutefois se traduire par une baisse de production. Pour optimiser l’utilisation de la ressource, certains exploitants se tournent désormais vers des outils technologiques, notamment l’intelligence artificielle.
Développement économique et préservation de la ressource
Pour les intervenants, le développement économique du territoire doit rester compatible avec la protection des ressources locales. Ils plaident pour des études d’impact plus exigeantes, une meilleure transparence et le recours à des solutions techniques moins consommatrices d’eau.
Face aux tensions entre les différents usages, agriculture, industrie ou alimentation en eau potable, le stockage de l’eau dans des mégabassines ne constitue pas une solution durable, selon Isabelle Matykowski. « Les bassines les plus importantes sont sous nos pieds », rappelle-t-elle, en référence aux nappes phréatiques.
Le stockage en surface impliquerait également des coûts supplémentaires, notamment pour filtrer l’eau avant son utilisation, alors que l’eau stockée dans les nappes bénéficie d’une filtration naturelle par les sols. Se pose également la question de la gestion de ces installations et des usages qui leur seraient réservés.
Au-delà de la quantité d’eau disponible, la question de la pollution reste centrale. L’Agence de l’eau accompagne notamment les industries afin d’améliorer la filtration des eaux avant leur rejet dans le milieu naturel, un enjeu qui fait l’objet d’une vigilance constante.







































































