La dernière fois que nous ne l’avions reçu au Club de la presse à l’occasion de la publication de son livre « Mémoires d’outre-vie », il nous avait, comme à son habitude, raconté de nombreuses anecdotes tirées de sa longue expérience (quarante-cinq ans de carrière).
Jean-François Kahn, qui n’avait jamais imaginé un avenir dans les médias, s’est pourtant imposé comme l’un des grands noms du journalisme, construisant un parcours riche et marquant. Sa curiosité insatiable, son indépendance d’esprit et sa capacité à bousculer les idées reçues resteront une source d’inspiration pour tous.
Il avait commencé en tant que reporter à la fin des années 50. Il avait surtout livré ses réflexions sur le métier qu’il avait embrassé à ces époques-là. Esprit brillant, très cultivé, au choix ou non d’accord avec lui, il savait nous séduire par son esprit d’indépendance. « Je n’attends pas de me faire virer, je pars », avait-il dit aux étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille des 53ᵉ et 54ᵉ promotion. C’était en 1979, il venait de prendre la direction des Nouvelles littéraires. Par la suite, en 1984, il crée l’Événement du Jeudi avec un montage financier original reposant sur une souscription des futurs lecteurs.
L’événement voulait dépasser le clivage gauche droite et avait soutenu la candidature du centriste François Bayrou lors de la présidentielle de 2007. Le magazine a par la suite été repris par Lagardère, puis a été racheté par devinez qui ? Jean-François Kahn. C’était en janvier 99 et Jean-François Kahn va finir par le revendre à France-Soir. Et puis, en 1997, Jean-François Kahn fonde Marianne, qui dirige jusqu’en 2007. Mais il ne perdra jamais le magazine de vue, jusqu’à faire clairement savoir son opposition à son rachat par le catholique très conservateur Pierre Edward Sterin. Un non-laïque qui n’est pas patriote, car toujours exilé en Belgique, disait de lui Jean-François Kahn.
Le rachat ne s’est pas fait. Kahn, c’était cela aussi.
Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui, comme nous, ont été touchés par son œuvre et son engagement. Jean-François Kahn va nous manquer, mais son héritage demeure
Philippe Allienne,
Président du Club de la presse Hauts-de-France






































































