Journaliste au « Courrier Picard », Lilou Boulanger se penche depuis longtemps sur la condition féminine à travers les cultures et les continents. Elle est l’autrice d’un livre consacré au cyberféminisme : « Les femmes, le féminisme et internet . Elle est venue le présenter au Club de la presse le 16 mars.
Constat préliminaire, que l’on découvre dans la préface de son livre : alors que la technologie progresse à très grande allure et que « l’intelligence artificielle est devenue l’une des préoccupations de demain (…) les femmes sont toujours (trop) victimes de violences et d’inégalités. » Mais aujourd’hui, la parole s’est libérée et de nombreux crimes commis par les hommes, les féminicides, sont révélés au grand jour. Cela permet d’autant plus de prendre conscience qu’une femme ne joue pas sa vie de la même façon suivant là où elle vit.
Adepte des réseaux sociaux, Lilou Boulanger n’a pas manqué d’y noter la montée en puissance du féminisme. C ’est le développement de cette nouvelle forme de revendication qu’elle a voulu questionner.
Après avoir fait un tableau de la place de la femme dans le monde, en fonction des législations, des cultures, des traditions, et après avoir mis en exergue les nombreuses violences faites au femmes, elle en arrive à l’intérêt du cyberféminisme. Celui-ci, écrit-elle, est « utilisé majoritairement par les jeunes pour bousculer les esprits et éduquer les plus nombreux d’entre eux. »
Le cyberféminisme, explique-t-elle, est un « activisme en ligne, sur le numérique, qui a pour but de promouvoir le combat des femmes à travers des réseaux sociaux. (…) Il facilite les solidarités nationales et même internationales. Une revendication peut devenir virale en quelques secondes et se diffuser sur tout les continents en un rien de temps. »
Ainsi, le numérique apparaît-il comme un pilier dans la mobilisation et dans la connaissance des violences faites au femmes et la manière de les combattre. Ce mouvement est récent et fait suite aux travaux de l’Américaine Donna Haraway. Celle-ci avait démontré qu’Internet était un outil de première importance pour les femmes qui ne peuvent s’exprimer librement dans leur pays.
Concrètement, le cyberféminisme est apparu en 2016 au Mexique. A cette époque, ce pays avait connu une protestation contre le trop-plein de féminicides et de harcèlements. Plusieurs semaines de mobilisation et de marches avaient eu lieu et l’émergence des hashtags a permis l’organisation sur les réseaux sociaux.
L’autrice en est convaincue : « les réseaux sociaux permettent de faire avancer le combat des femmes et leurs droits, notamment en dénonçant des agressions qu’elles ont subies. La parole peut se libérer plus facilement derrière un écran, sous un pseudonyme. »
Après l’exemple du Mexique, il y a dix ans, le cyberféminisme s’est développé à travers le monde, facilitant des vagues de dénonciation. On se souvient qu’en France, tout a commencé avec la journaliste Sandra Muller qui a lancé une alerte sur Twitter. Elle avait appelé à la libération de la parole des femmes victimes avec le #balancetonporc.
Bilan contrasté
Pour construire son livre, Lilou Boulanger a recueilli de nombreux témoignages de femmes victimes de violences. Il en ressort que les médias, et Internet, ont une force essentielle pour la reconnaissance des violences. « Parler des violences envers les femmes, c’est reconnaître dans un premier temps qu’elles existent. On minimise les faits lorsqu’on décide de ne pas en parler », souligne-t-elle.
Reste que le combat n’est pas encore gagné. Malgré le mouvement Meetoo et le cyberféminisme, le bilan est contrasté. « Les pays ne s’occupent pas de cette thématique à la même vitesse et avec le même investissement », constate l’autrice. Alors, elle se limite, en conclusion de son livre, à livrer ses observations sur la situation en France.
La parole des femmes y est davantage écoutée, mais la conquête de l’égalité et lente, résume-t-elle. Il n’en demeure pas moins que si la bataille est loin d’être finie, elle s’est accélérée grâce au numérique et au cyberféminisme. Et la justice, qui reste dans « le viseur des féministes (…) est très critiquée notamment pour la double peine qu’elle impose aux victimes. »
La lutte contre les inégalités, le sexisme et les violences demandera encore de nombreux efforts. En matière de justice, l’avocate et militante féministe Betty Rygielski prévient : « Je ne défends plus du tout les prévenus sexuels ». Le plus difficile dans l’exercice de son métier, confie-t-elle, est d’être parfois face à une réponse inadaptée de la justice quant au préjudice d’une victime.
A la fin de son livre, Lilou Boulanger propose une bibliographie de plus de trois pages qui renvoie à 39 références. de sites internet en rapport avec le sujet traité.
Les femmes, le féminisme et internet – Lilou Boulanger – Editions Spinelle 2025 – 126 pages – 15 euros






































































