Le dossier s’enlise. Près d’un mois après leur arrestation au Togo, les réalisateurs français Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani sont toujours détenus à Lomé. Avec eux, leur fixeur togolais, Fred Vedomey, a également été placé en détention provisoire. Tous trois avaient été interpellés le 27 juillet dans le nord du pays, alors qu’ils réalisaient un reportage pour « Les Routes de l’impossible », une émission diffusée sur France 5 et produite par Tony Comiti Productions.
Selon Tony Comiti, fondateur de la société de production, les journalistes disposaient pourtant des autorisations nécessaires. Ils avaient obtenu leurs visas et une autorisation de tournage délivrée par le ministre togolais du Tourisme, de la Culture et des Arts. D’après le producteur, l’équipe aurait pénétré, probablement sans le savoir, dans une zone interdite aux journalistes, dans la région de Kara, au nord du pays. Les deux réalisateurs ont alors été arrêtés, interrogés et privés de leurs passeports et de leurs rushs. Ils ont été accusés d’espionnage.
Une première libération, puis un nouveau coup d’arrêt
L’intervention de la diplomatie française a d’abord permis aux deux hommes d’être placés en résidence surveillée dans un hôtel. Après avoir visionné leurs enregistrements, les autorités judiciaires togolaises auraient constaté qu’il s’agissait d’un documentaire consacré à la découverte du pays. Les journalistes ont alors été relâchés avec pour consigne de rejoindre Lomé.
Mais leur liberté n’aura duré que quelques heures. Deux heures après leur remise en liberté, ils ont de nouveau été interpellés. Transférés vers la capitale le 4 août, ils sont aujourd’hui détenus au camp d’Agoè Logopé.
Le 17 août, les trois hommes ont été placés en détention provisoire et inculpés pour « fausses déclarations », selon Reporters sans frontières. L’organisation souligne que les membres de l’équipe étaient entrés au Togo après avoir effectué une demande de visa de travail et qu’ils disposaient d’une autorisation officielle pour leur tournage.
« La situation est bloquée »
Pour Tony Comiti, l’incompréhension domine. « Je ne vois pas quelle est la raison pour laquelle ils sont détenus », déplore-t-il, soulignant que même l’avocat de l’équipe n’aurait pas accès au dossier. Le producteur affirme que les deux réalisateurs sont des professionnels expérimentés, habitués aux terrains difficiles.
La situation inquiète également Reporters sans frontières. L’organisation estime la procédure « injustifiée » et « disproportionnée » et demande la libération immédiate des trois professionnels de l’information.
Un autre motif d’inquiétude concerne l’état de santé de Sebastian Perez Pezzani. Selon RSF, le réalisateur souffre d’une pathologie susceptible de nécessiter une prise en charge médicale rapide. L’organisation demande que son état soit pris au sérieux et souhaite qu’il puisse, si nécessaire, être soigné en France.
Paris assure suivre le dossier
Face à cette situation, les autorités françaises maintiennent la pression diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a assuré le 19 août que la France était « en lien avec les autorités du Togo » afin d’obtenir la libération des deux réalisateurs. Il affirme avoir déjà échangé à plusieurs reprises avec son homologue togolais.
Des visites consulaires ont également eu lieu. Le Quai d’Orsay indique que ses services, à Paris comme à Lomé, sont mobilisés pour veiller aux conditions de détention des Français, à leur état de santé et au respect de leurs droits à la défense.
Les familles de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani ont, elles aussi, été reçues au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères le 19 août. Elles disent vivre dans « l’incertitude et l’angoisse », particulièrement préoccupées par l’état de santé de Sebastian.
Pour RSF, cette affaire intervient dans un contexte plus large de restrictions visant les journalistes au Togo. L’organisation rappelle que le pays se situe autour de la 100e place du classement mondial de la liberté de la presse et que des journalistes y ont déjà été expulsés.
Pour l’heure, aucune issue n’est annoncée. Les deux réalisateurs français et leur fixeur restent détenus à Lomé, tandis que leurs proches et leurs soutiens espèrent une libération rapide.







































































