400 départs, un tiers des secrétaires de rédaction menacés : la colère monte chez Ebra

, par faouziaclub@gmail.com

Vendredi 16 octobre, sur France Inter, un élu du Syndicat national des journalistes a de nouveau pris position contre le plan du groupe de presse régionale, qui prévoit jusqu’à 400 départs et un recours accru à l’intelligence artificielle.

« On va renforcer la défiance des lecteurs. » Au micro de France Inter, vendredi 16 octobre, Jérôme Morin, élu SNJ au Progrès, a réaffirmé son opposition au projet du groupe Ebra. Il y voit des « économies court-termistes » qui risquent de fragiliser la fiabilité des journaux.

Un constat économique partagé, pas les solutions

Le syndicaliste ne nie pas les difficultés du secteur. « On est dans une situation économique qui est difficile », reconnaît-il. La presse régionale a vu ses ventes au numéro et ses abonnements divisés par deux en dix ans.
Mais pour lui, le plan fait fausse route : il supprime des postes de secrétaires de rédaction « sans remettre plus de moyens sur le terrain ». Selon Jérôme Morin, la priorité devrait aller à l’information de proximité plutôt qu’à l’automatisation des tâches éditoriales.

Le risque d’une accumulation d’erreurs

Sa principale inquiétude concerne la qualité des contenus publiés. « Plus on va multiplier les erreurs, les non-sens, plus la crise de défiance qu’on connaît déjà va se renforcer », prévient-il. Pour le SNJ, réduire les effectifs chargés de relire et de contrôler les articles sans renforcer les équipes de terrain pourrait se retourner contre les journaux eux-mêmes.

Il appelle les autres directions de presse à ne pas suivre cet exemple, qu’il qualifie de « modèle dangereux ».
Jérôme Morin met aussi en garde contre un risque économique à plus long terme. Les outils d’intelligence artificielle générative peuvent paraître rentables aujourd’hui, mais leur coût pourrait augmenter une fois leurs fournisseurs solidement installés sur le marché, plaçant les groupes de presse en situation de dépendance.

400 départs prévus, un tiers des secrétaires de rédaction concernés

Le groupe Ebra, propriété du Crédit mutuel, a annoncé fin juin un plan de départs volontaires pouvant concerner jusqu’à 400 postes sur environ 3 200 salariés. Il édite neuf titres, dont Le Progrès, Le Dauphiné libéré, L’Est républicain, Le Républicain lorrain et les Dernières Nouvelles d’Alsace, présents dans 23 départements.

Selon les syndicats, un tiers des postes de secrétaires de rédaction doit être supprimé. Ces journalistes assurent pourtant des missions essentielles : relecture, correction, mise en page, hiérarchisation de l’information, vérification des faits, choix des titres et des photographies.

Une mobilisation qui monte depuis une semaine

Le 9 octobre, les salariés des neuf titres ont fait grève, un mouvement que le SNJ qualifie d’« inédit ». À Strasbourg, plusieurs dizaines de salariés se sont rassemblés devant le siège du Crédit mutuel, brandissant des pancartes comme « Info menacée, démocratie en danger » ou « Ebracadabra, demain un journal fait à l’IA ». Des tracts ont été distribués à Besançon. Les syndicats jugent par ailleurs peu concluants les tests des outils d’IA qui leur ont été présentés.

Le 14 octobre, des membres du SNJ ont publié une tribune dans Le Monde. Ils y accusent la direction de « tourner le dos à la mission de ses journaux » en misant sur l’automatisation. Ils craignent que les secrétaires de rédaction deviennent de simples validateurs de contenus produits par l’IA, tout en restant responsables des erreurs, avec un temps de relecture qui pourrait être limité à sept minutes par article.

Au-delà du conflit social, une question de confiance

Au-delà des suppressions d’emplois, le conflit chez Ebra interroge la place de l’IA dans les rédactions : vérification des informations, responsabilité éditoriale, confiance du public. Alors que le groupe cherche à adapter son modèle économique, les représentants des salariés défendent une autre priorité : préserver les moyens humains nécessaires à une information fiable et ancrée dans les territoires.

Par : Faouzia AA


 

 

Les offres d'emplois Sélectioner un onglet


 

La Vie du Club

ESPACE PRESSE



Petit Kiosk Culture : la série vidéos des richesses du tissu culturel et du patrimoine des Hauts-de-France- Saison 3


Le Club de la presse Hauts-de-France a lancé Petit Kiosk Culture, une série vidéos destinée à valoriser la richesse du patrimoine de la région et à découvrir les coulisses de son tissu culturel foisonnant. Pour cela, nous sommes partis à la rencontre des acteurs culturels et artistiques des Hauts-de-France. Du patrimoine historique au théâtre en passant par la littérature, la musique ou les arts visuels.


Petit Kiosk Média : Vous avez une question ? Des experts vous répondent !


Petit Kiosk est une création du Club de la presse Hauts-de-France. Pour participer à cet outil pédagogique, les collégiens et lycéens peuvent envoyer leurs questions en vidéo au Club de la presse : direction clubdelapressenpdc.fr.