2027 : l’information, grande oubliée ou enjeu majeur de la campagne ?

, par faouziaclub@gmail.com

À six mois du scrutin, les principaux prétendants à l’Élysée et leurs représentants ont planché devant les patrons de presse. Tous jurent que l’information est un bien précieux. Reste à savoir qui est prêt à payer pour la sauver.

C’est un exercice devenu classique des campagnes électorales : convaincre un secteur en difficulté que l’on a compris son malaise. Mercredi 14 octobre, à Paris, l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), qui fédère plus de 300 titres de presse quotidienne, a mis les candidats à l’épreuve. Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Édouard Philippe sont venus en personne. Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen s’étaient fait représenter.

Le constat, lui, ne fait pas débat : la presse affronte la puissance des géants du numérique, l’érosion de ses audiences et la fragilité de son modèle économique. Les solutions, en revanche, divisent.

Faire payer les plateformes : l’unanimité

C’est le point sur lequel tous s’accordent : les plateformes et les outils d’intelligence artificielle qui exploitent les contenus des médias doivent mieux les rémunérer. Plusieurs pistes ont été avancées : une taxation à l’échelle européenne, le reversement à la presse d’une partie des amendes infligées pour atteinte à la concurrence, ou encore l’obligation de flécher une part des recettes publicitaires vers les publications.
Les envolées n’ont pas manqué. Gabriel Attal a décrit la presse comme un « bien commun ». Édouard Philippe a plaidé pour des financements à la hauteur d’un débat public éclairé. Pour Boris Vallaud, qui parlait au nom de Raphaël Glucksmann, c’est avant tout une question de souveraineté.

Aides publiques : le grand clivage

Passé ce consensus, les lignes de fracture apparaissent.
Côté Rassemblement national, Philippe Ballard est le seul à proposer une baisse progressive des aides publiques directes sur cinq ans, au motif que l’état des finances publiques ne permet plus de les maintenir. Il prône un recentrage vers le numérique, une orientation contestée par des responsables de la presse régionale, pour qui le papier reste une source de revenus indispensable.

À l’autre bout de l’échiquier, Manuel Bompard, pour La France insoumise, défend une logique inverse : limiter la concentration des médias, réduire le poids des intérêts financiers dans l’information, conditionner les aides à des critères sociaux et de gouvernance, et renforcer les prérogatives des journalistes lors des changements de direction.

Les autres intervenants ont surtout insisté sur le pluralisme et la nécessité de garantir des conditions économiques viables aux entreprises de presse, sans dessiner de modèle de financement abouti.
La presse locale, première victime

Le manifeste de l’Apig, intitulé Le droit d’être informé, rappelle un chiffre qui donne la mesure de l’enjeu : un Français sur trois a déjà vu disparaître un média local près de chez lui. L’organisation demande aussi que l’éducation aux médias devienne une grande cause nationale, afin de mieux armer les citoyens face à la désinformation et aux contenus trompeurs qui prospèrent sur les réseaux sociaux.

La concentration des médias, enfin, reste la question qui fâche : comment protéger l’indépendance des rédactions quand les entreprises de presse subissent des contraintes économiques toujours plus fortes ?

Des promesses déjà entendues

Au fond, cette rencontre met en lumière un paradoxe : chacun reconnaît le rôle démocratique de la presse, mais les réponses concrètes restent partielles. Beaucoup de propositions ressemblent à des réflexions anciennes, notamment celles des États généraux de l’information, organisés en 2023 et 2024, dont les travaux n’ont pas débouché sur une traduction législative à la hauteur des attentes.

Le défi des mois à venir sera donc de passer des déclarations aux actes. Rémunération des contenus, réforme des aides, lutte contre la concentration, sauvegarde des médias locaux : ces dossiers pèseront dans le débat présidentiel. Car derrière la crise économique de la presse se joue une question bien plus large : la capacité des citoyens à accéder à une information fiable, indépendante et pluraliste.

Par : Faouzia AA


 

 

 

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